Rss

Dernière contredanse

Promis, quand ma belle reviendra

alors j’ouvrirai les volets,

je ferai de mon trou à rat

la cassine la plus huppée

où je pourrai l’entendre rire,

où je pourrai la voir danser,

alors ça sentira la cire

et la fleur fraîchement coupée ;

ensuite elle y chantonnera

en écoutant de la musique

comme elle le faisait autrefois,

avant… avant qu’elle ne me quitte…

parce que je me suis mis à boire,

parce que je ne me suis plus lavé,

parce qu’en ma tête c’est la foire,

que mon corps a démissionné,

parce que mon esprit m’abandonne,

que flotte un brouillard permanent,

parce que le diable m’aiguillonne,

et que tout devient pestilent !

 

Promis, quand ma belle reviendra

je laverai à fond l’intérieur

de la maison… et puis de moi…

bien sûr j’y mettrai tout mon cœur,

je briquerai tout, jour et nuit,

je désempilerai les livres,

et nous lirons des poésies ;

alors je ne serai plus ivre

que d’elle, de ses fêtes charnelles,

et nous sortirons comme avant

écouter le chant des sittelles

le soir sur le cèdre du Liban ;

je remplacerai mes guenilles

par des vêtements à la mode,

je prendrai le fil et l’aiguille

pour coudre un nouvel épisode…

puis je me parfumerai même,

je redeviendrai le gars d’avant…

avant de lui poser problème…

avant qu’elle ne prenne le vent !

 

Promis, quand ma belle reviendra

nous retrouverons d’autres amis…

parce que je ne vois plus ceux-là…

et parce que j’ai perdu ceux-ci…

et le dimanche, comme elle aimait,

nous irons au bord de la mer

écrire près de l’eau, à grands traits,

nos initiales à cœur ouvert ;

puis à la place de la gnole

sur les étagères, le buffet,

je ferai une farandole

de desserts, de plats cuisinés…

ça embaumera le café,

l’air des garrigues, et le soleil

des quatre saisons viendra bercer

les draps blancs de notre sommeil !

 

Mais quand me raserais-je encore ?

Quand ouvrirais-je les volets ?

Comment croire à cette aurore

qui me ramènera l’être aimé ?

 

La bouteille verse sur le lit

le nectar de la déchéance…

dois-je donc éteindre ma vie

d’une dernière contredanse ?

L’homme nu

I

  

La pleine lune avait, déjà plus de cent fois,

du jeu perpétuel dont l’astre blond jouit,

à savoir se vêtir d’un apparat de soie

où de brumes rosées broder son fol esprit,

 

tiré l’épingle au gré des voluptés cosmiques

de la nuit qui s’égrène le long des sons glaireux,

archanges de mots doux, ronflements syllabiques,

pure fantasmagorie de tous gens orgueilleux !

 

Tel ce Dieu accoudé au balcon de l’Olympe

j’humais dans l’air du soir quelque éclat de bonté ;

philosophant au fil des valeurs les plus simples,

mon âme se gorgeait de vertus vanillées…

 

la fleur de bruyère ne convient pas au lieu ;

trop aride ; si beau sans le moindre artifice,

qu’au temps des folles amours j’y attèle mes vœux

et tire en sifflotant la houe de mes caprices…

 

le roulis des cyprès, étiolés à la taille,

dans l’azur pigmenté de papillons nacrés,

pareil aux filles des bals de la fin des semailles,

caressait sous les cieux un quatre temps parfait…

 

une onde claire allait, sans se presser vraiment,

léchant les rocs moussus d’une arrière-saison,

clapotant par ici, par-là se lamentant,

errant par habitude, sans but et sans raison…

 

afin qu’entre les plis de leur ventre adipeux

ne s’égarent en chemin les messagers d’Eole,

les candélabres, jaunis par la fumée des vieux,

accrochaient dans la plaine leurs mornes girandoles…

 

l’aurore était honnête et respectait les lois,

la logique sacrée, la gouverne des temps ;

le souffle d’Artémis, sur mon chemin de croix,

vint comme une promesse… et fût envoûtement !

 

la grive, si criarde, en son lit de feuillage

susurrait en silence, par ses vols éreintée,

les abeilles et les baies de ses papillotages ;

oiselle, mon amie, que demain te soit gai !

 

de ma blague polie au velours côtelé

d’un fond de poche usé par des ongles trop lourds,

quelques brins de tabac, à trois herbes mêlés,

sautaient en persillant, ô fieu, les alentours…

 

d’entre mes doigts brunâtres au travers de ma lippe,

d’un geste familier, d’un plaisir méthodique,

fidèle au règlement des étranges principes,

je bordais, là, ma nuit, d’un drapé féerique !

 

Apollon, par mégarde, me pensant assoupi

ou sur l’heure asservi à l’emprise des sens,

saupoudra les volutes de mes rêveries

de perles de folie et de poudre d’encens.

 

 II

 

 Au nirvana bleuté de l’extase empirique,

fidèle au souvenir des voyages d’antan,

lorsque la brume ôtait ses voiles impudiques

ma couche s’entrouvrait sur des lieux bienfaisants…

 

alors, l’esprit vidé d’encombre matérielle

j’atteignais l’océan de la sérénité ;

pendant que tremblements, sueurs et ribambelles

empoignaient ma tête et faisaient tout sauter

 

mon âme, elle, dansait au pays des sorcières

dont elle perçait la nuit de rires pénétrants ;

 apparaissaient alors aux reflets des cuillères,

Baudelaire et Gautier et l’hôtel Pimodan,

 

la confiture verdâtre des jeunes initiés,

les moqueries d’anciens, les réunions secrètes ;

les coches de l’île saint Louis, les délires programmés

mêlaient dans l’air ambiant, les Dieux, les hommes aux bêtes !

 

bien sûr, je n’étais rien qu’un corps dans la garrigue,

avachi en bordure des rives de l’enfer…

du « Paradis » dirait le père de Rodrigue !

ô Corneille, l’ami, pardonnes mes éthers…

 

quand tout tourne, sais-tu, de Ronsard et sa rose,

des orphelins de Rimbaud au triste hiver d’Eluard,

le passage clandestin des rimes à la prose

fiance les tragédies au roman de Renart !

 

chacun n’est que lui-même ! à quoi bon se mentir ?

Soi, en fait, est tout autre… et c’est Dieu que voici !

au balcon de l’Olympe Dieu SOI se fait plaisir

et nos corps dénudés redeviennent fourbis !

 

bientôt, d’ici, naîtra un monde unique et rond,

incontestablement j’en serai le maître !

les Dieux, au pinacle, unis me porteront !

qui pourrait sous vos cieux dire qu’il s’est vu renaître ?

 

ô nuages enfuis, ô lune galopante…

qu’il est doux, aujourd’hui, ce semblant de retour !

ô pays de l’absinthe, ô prairies d’acanthes,

ô pétales de rimes, ô couleurs de l’amour !

 

Apollon, par mégarde, me pensant assoupi

où sur l’heure asservi aux effets de la drogue,

saupoudra les volutes de mes rêveries

de poudre de folie et pensés interlopes.

  

III

  

Sur le char d’Apollon, Phaéton, les larmes aux yeux,

ordonnait aux chevaux de calmer leur ardeur,

car où Phaéton passait, tout n’était plus que feu ;

 vint le bruit du tonnerre, puis le calme enchanteur…

 

l’ondine, si tranquille, qui courait à mes pieds,

se fendit par là même où les ajoncs, tantôt,

jouant aux clapotis comme des gosses désœuvrés

riaient en aspergeant leurs superbes manteaux…

 

quand un chant mélodieux, entrecoupé de voix,

me parvint du ruisseau en un halo doré,

trois créatures de chair, vêtues de draps de soie,

dessinaient le profil d’une étrange destinée…

 

les nymphes allaient souffler une chaleur intense,

un bonheur sans pareil, une ivresse lucide ;

comme bouquet final de mes dernières transes,

je régnais désormais sur les terres d’Euripide !

  

IV

 

Bien sûr, la lune avait, une nouvelle fois,

du jeu perpétuel dont l’astre blond jouit,

à savoir se vêtir d’un apparat de soie

ou de brumes rosées troubler mon fol esprit,

 

tiré l’épingle au gré des volontés humaines,

rassasié l’un des siens, réconforté un brin !

 

A chacun son histoire, à tous la même peine

à tous le même but… à chacun ses chemins.

Mon Pierre, as-tu trouvé la paix ?

Depuis que tu es parti, mon Pierre, en ces prairies

où tu voyais la paix fleurir sous chaque pas,

je n’ai pas pu prendre une seconde pour toi ;

pardonne-moi, tu sais la course de la vie !

 

As-tu fait bon voyage par les strates célestes…

ne t’es-tu pas perdu par ces voies encombrées…

as-tu trouvé l’endroit, la porte dérobée…

t’es-tu abonné à quelque autre palimpseste ?

 

Dis-moi, mon Pierre, dis, au creux de mon oreille,

est-ce conforme au moins à ce que tu espérais…

as-tu vu la Famille Divine… et Beaumarchais…

et les meubles sentent-ils la cire d’abeille ?

 

Nous avons tant et tant de fois, devant un verre,

croqué la philo et les olives ici-bas,

imaginé les nues remplies de nymphéas,

de vignes à longs doigts, de plantes fourragères

 

enguirlandées de pourpre et de jaune et de bleu…

et combattu l’absurde à coup de mots choisis,

et fait coulisser les verrous du Paradis ;

tu me manques, mon Pierre, sous mon ciel ténébreux !

 

Parfois, l’arc en ciel enjambe le Lauraguais

et les tuiles d’Alzonne scintillent sous la rosée ;

le soir, quand tous les autres sont devant la télé

le cul bien enfoncé et les neurones en biais,

 

je pense à toi, mon Pierre, et j’envie le grand jour

où devant un rosé, des olives à la main

 nous trinquerons encore à d’autres lendemains,

nous foutant pas mal du cours du topinambour !

 

Entité en goguette, si tu passes par-là

viens me joindre à la fête, je n’attends plus que ça !

pardonne-moi, tu sais la course de la vie,

je dois te laisser les emmerdes cognent à l’huis !

L’Alzou

L’Alzou, c’est la rivière de ces jeunes années

où je craignais encore l’instit et le curé ;

où j’allais à vélo, à fond de pédalier,

le vent de Cers donnant des ailes à mes souliers.

 

Au pays du grenache, du thym, du gratte-cul,

du fenouil, du cyprès et des vieilles poilues,

l’Alzou coule toujours, détendue et limpide ;

en cinquante ans elle n’a pas pris une ride !

 

Je sais que l’anguille y chasse encore sous la berge,

que du cresson des bouquets de joncs bruns émergent,

et j’y vois appuyé, contre le tronc d’un saule,

mon petit vélo attelé à cent lucioles.

 

J’y vois des dragons dorés se prendre à mes pièges,

des bourres de peuplier se prendre pour de la neige,

et le soleil d’été chauffer la retenue

près du gué afin que l’on vint s’y baigner nu.

 

J’entends battre, sur des coquelicots bien mûrs,

le cœur d’une jeune brunette aux yeux d’azur

qui me couvrait alors de longs baisers fougueux

que les flots emmenaient insouciants et joyeux !

 

L’Alzou, c’est la rivière du fameux temps béni,

celui qui me forgea à l’enclume de la vie ;

l’Alzou, c’est un esprit ; celui de tous ces hommes

qui m’offrirent les reines d’une vie polychrome.

 

L’Alzou, c’est un trésor que je caresse quand

tout ce que je touche entre mes doigts fout le camp ;

comme en ces moments-ci, où tout va s’asphyxiant

par les gueules goulues de gras sables mouvants.

 

L’Alzou, c’est un fil de prénoms et de visages ;

à chacun son Alzou, chacun son paysage ;

à chacun son histoire, chacun son Paradis ;

à chacun son église… et chacun son parvis !

Ange inconnu

Si mon vieil ange gardien veille

à ce qu’il ne m’arrive malheur,

quel est donc cet ange qui veille

à ce qu’il m’arrive bonheur ?

 

Pour le peu que je lui quémande,

cet oiseau de Dieu fait le sourd !

comme s’il n’était de la bande,

s’il n’avait pour moi quelque amour !

 

Qu’ai-je donc fait pour lui déplaire ?

Que n’ai-je fait qu’il eut fallu

pour combler son âme princière ?

« Maître Bonheur » a disparu !

 

Alors je vais à cloche-pied

entre “pas question“ et “peut-être“

et je le hèle à satiété

à travers portes et fenêtres…

 

mais l’écho de ma voix se perd

dans les couloirs de l’infini ;

un peu comme si Lucifer

m’avait volé la clé de vie !

 

Moi qui pensais qu’un séraphin

m’avait entré dans son vivier !

sonnez, sonnez tristes buccins,

je suis un être abandonné !

 

Vous qui peut-être êtes intimes

avec l’un de ces chérubins,

sauriez-vous donc, du clarissime,

tirer quel est le nom du mien…

 

de sorte qu’en trois exemplaires,

datés, signés et tamponnés,

sous quelque forme littéraire

je lui explique mes volontés ?

 

Jadis on parlait d’homme à homme

à Dieu, entre hommes ou aux saints ;

depuis la crise du pétrole,

il est bien vrai que la parole

ne vaut plus qu’un pet de lapin !

Panégyrique posthume

Pourquoi ai-je toujours cette idée saugrenue,

dès qu’un peu de temps libre pointe le bout du nez,

de faire ainsi danser mes doigts sur le clavier ?

faut-il donc que j’engrange ou bien que j’évacue ?

 

Quel est ce rapport fusionnel, ce jeu de dupe

qu’ont établi la page Word et mon esprit ?

pourquoi faut-il d’instinct que j’allume l’ordi

et salive à l’idée d’y peler mille drupes ?

 

Quel est ce ver qui se tortille en ma cervelle,

laboure sans cesse les landes de mes sens,

craque l’allumette sous la poudre d’encens

et fait trisser en moi les maux de Philomèle ?

 

Pourquoi faut-il qu’au final mes images riment ?

pourquoi dois-je traîner une lyre à mon cou

comme d’autres de lourds diamants ou un  licou ?

à quoi bon naviguer entre “entrée“ ou “supprime“ ?

 

Et pourquoi demeurer fidèle au quatrain

quand de prestigieux confrères, sous d’autres formes,

boivent les honneurs de l’habit vert, du bicorne ?

hélas, le quatrain ne procure plus le pain !

 

Je n’ai rien à manger, pourtant j’écris sans cesse ;

misérable qui croit que versifier nourrit !

s’il savait le malheureux combien je maigris,

il m’allaiterait… fut-ce toujours de promesses !

 

Un jour je serai si maigre que les eaux-fortes

qui glougloutent en mon âme feront céder mon corps ;

j’irais en chapelets de quatrains vers la mort,

une métaphore d’or coincée dans l’aorte…

 

et vous direz alors, vous qui me condamnez

à errer dans l’enfer des poètes maudits :

« C’est vrai que ce rapsode avait bien du génie ! »

“panégyrique posthume“…

ces éternelles louanges qu’aujourd’hui vous taisez.

Le monde chrysocale

En l’espace d’un songe je suis devenu vieux ;

hier soir j’étais enfant et ce matin, adieu !

J’ai sauté la barrière, en dormant, cette nuit ;

les chemins de la subsistance m’ont trahi !

 

En me levant, j’avais la larme au coin de l’œil

de celui qui a bel et bien perdu le breuil ;

non de celui qui a démérité, je pense,

ni craché dans la soupe, la soupe dans la panse !

 

J’ai perdu mes repères, changé d’entendement,

ne reconnais plus le chant des vieux arguments

et ne vois plus de coquelicot sur ma route ;

comme si mon âme, d’un coup, s’était dissoute…

 

et ne suis mort non plus, puisque je vous relate

ce qui, ma foi, pourrait bien être les stigmates

d’un mal irréversible, dont je ne sais la cause,

mais auquel, par le biais d’une métempsychose

 

je voudrais mettre fin ; m’éveiller à nouveau

sur l’herbe du talus ! sortir du caniveau !

A défaut de trouver sous le lit ma jeunesse,

je voudrais plus encore retrouver ces faiblesses,

 

ces forces, devrais-je dire, qui m’ont permis

de fendre la bise, le regard ébloui,

dans la naïveté, ô combien virginale,

de prendre pour de l’or les étoiles chrysocales !

 

Je ne suis pas déçu, je ne suis pas amer ;

j’ai seulement pris trop de choses à l’envers !

En l’espace d’un songe je suis devenu vieux ;

hier soir j’étais enfant et ce matin, adieu !

 

mais qu’ai-je fait de constructif entre les deux ?

Dis grand-père…

Que penserais-tu de l’admirable merdier,

si tu étais, grand-père, toujours à nos côtés ;

si tu pouvais de tes Corbières Occidentales

nous siffler les refrains des grèves générales ?

Comment appréhenderais-tu le grand foutoir ?

Dans cet immense bordel, aurais-tu l’espoir

de retrouver enfin quelque saison clémente

où l’homme jouirait de concorde et d’entente,

où l’enfant réapprendrait de son banc d’école

à ne plus adhérer aux idées “Picrocholes“ ?

Quels seraient tes mots pour aiguillonner la foule

qui va de dos ronds en étranges culs-de-poules ?

Et comment analyserais-tu le progrès ?

Et que penserais-tu des vagues d’immigrés ?

Comment verrais-tu les hommes qui nous gouvernent

et de quelle grosseur verrais-tu nos gibernes ?

Comment t’y prendrais-tu pour sauver la nature

et pour foutre le feu aux bureaux de questure ?

Comment offrirais-tu la joie aux portefaix ;

dis, grand-père, comment graverais-tu la paix ?

Dis, grand-père, comment stopperais-tu la pluie,

l’égoïsme, la haine, l’ignorance et l’ennui,

et la peur et l’angoisse de périr à feu doux ?

Et comment écarterais-tu les gabelous ?

Que dirais-tu à ceux qui meurent de solitude,

à celui qui vit parce que toujours il exsude,

à la femme qui doit aller tête couverte,

qui n’a pour seule voie que celle de sa perte ?

Et quels maux réserverais-tu aux chefaillons

qui harcellent sans cesse des troupeaux de moutons ?

Dis, comment tordrais-tu le cou à l’injustice,

à la souffrance, au vice, à la fausse justice ?

 

Mille pardons grand-père de t’avoir réveillé,

toi qui connus la guerre et le ciel bleu d’été…

n’ayant sur terre personne qui me comprenne

je me suis permis de toquer à tes persiennes ;

s’il est quelqu’un là-haut qui connait le chemin,

mettez-vous en route il faut façonner demain !

Appel au bonheur

               Si d’un clic droit sur la souris, l’on ôtait de l’esprit de l’homme, toute notion d’Enfer, de Paradis, d’ange, de vierge, de démon, de Dieu sauveur et d’asservissement aux cieux ?

Si l’on ôtait de l’esprit de l’homme, l’idée d’une vie après la mort, l’idée qu’un esprit supérieur vienne guider ses pas, que son destin est fils d’obéissance et qu’il doit donc s’inféoder sous peine “de“ ?

Si l’on ôtait de l’esprit de l’homme, le désir de communier avec le doute et de se livrer corps et âme à la cause entendue ?

Si l’on ôtait de l’esprit de l’homme, qu’il est nécessaire de s’agenouiller, de souffrir pour quémander l’antidote à ses souffrances ?

Si l’on ôtait de l’esprit de l’homme, tout besoin d’oppresser, de mutiler, de violer, de séquestrer, de déporter, de voler, de s’enrichir et de tuer au nom d’un idéal théologique ?

            Si d’un clic gauche sur la souris, l’on insérait dans l’esprit de l’homme, le naturel et la simplicité, l’amour et la paix, l’altruisme ; la bonté ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, que l’univers existe depuis quinze milliard d’années ; qu’au début, la terre n’était qu’une boule de lave en fusion avec une atmosphère de vapeur d’eau et de gaz toxiques, qu’en se refroidissant la surface s’est solidifiée en une croûte terrestre, que progressivement la vapeur d’eau s’est condensée pour former des océans dans lesquels des bactéries ont commencées à apparaître et à se développer pour arriver à l’homme? (les plus lointains ancêtres de l’homme, les australopithèques, sont apparus il y a quatre millions d’années).

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, qu’il s’agit là d’une organisation interne résultant d’une coopération entre des cellules ?

qu’ainsi, la vie ne doit pas son existence à la compétition, mais à la coopération ; à l’union ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, que l’homme actuel, l’homo sapiens-sapiens est apparu il y a deux cent mille ans et que cela représente juste 0,0013% de la durée d’existence de l’univers ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, l’humilité ?

               Si d’un clic droit sur la souris, l’on ôtait de l’esprit de l’homme, toute vénération à un politique, à un philosophe, à un artiste ; à tout homme public ?

Si l’on ôtait de l’esprit de l’homme, toute acceptation automatique, toute certitude idéologique ?

Si l’on ôtait de l’esprit de l’homme, tout conditionnement, toute résignation, tout moutonnement ?

Si l’on ôtait de l’esprit de l’homme, toute notion de racisme, de différence, d’orgueil, de jalousie, de mesquinerie, de misogynie, d’hypocrisie, de lâcheté, d’irresponsabilité, d’appétit du lucre, d’agressivité, d’arrogance, d’intolérance et de machisme ?

               Si d’un clic gauche sur la souris, l’on insérait dans l’esprit de l’homme, la réflexion logique, l’écoute, la proposition, le discernement et la pensée constructive ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, que bien des politiciens et décideurs en tout genre ne sont que pour leurs intérêts personnels et se moquent éperdument de leurs concitoyens, leurs collaborateurs et leurs subordonnés ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, qu’uniquement l’orgueil, le mensonge, le faux-semblant, la combine, la manigance et l’argent régissent le monde ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, que lui-même se trompe de combat, que sous un matraquage médiatique trop souvent diversif il chemine à côté de la raison ?

Si d’un clic gauche sur la souris, on insérait dans l’esprit de l’homme, qu’il est des révoltes prioritaires et que s’il est bon de gueuler le pavé c’est au son du poing levé et non de l’accordéon ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, que l’heure n’est plus à obéir et se taire, que l’on nous ôte, avec parcimonie, les bienfaits et les vertus de nos révolutions passées ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, que le nouveau drapeau est d’un rouge uni ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, le retour à la raison, la combativité positive, la lutte pour le respect mutuel, l’union et la manière dont on use de la pierre à aiguiser la faux avec amour,

alors, je vénèrerais la souris…

alors, clic gauche / clic droit, demain serait heureux !

Glaucome

L’année recommence, on attend

que le soleil sorte de l’étang ;

causons d’égalité des chances

au cœur de cette vieille France ;

 

Hugo prêche de faire ce qu’il faut

pour tenir la tête hors de l’eau;

souvenez-vous de Claude Gueux

qui tua son geôlier « parce que ! »

 

souvenez-vous de Claude Gueux

qui tua son geôlier « parce que ! »

 

On a beau coller l’expérience,

le rituel à la cadence,

par des cordelettes vérolées

nous sommes pieds et mains liés ;

 

puisque nous sommes une kyrielle

à dire que tout bat de l’aile…

souvenez-vous de Claude Gueux

qui tua son geôlier « parce que ! »

 

souvenez-vous de Claude Gueux

qui tua son geôlier « parce que ! »

 

Il va falloir, dès à présent,

être avec nous M’r le président,

avant que la dernière goutte d’eau,

M’r, ne fasse exploser le pot !

 

nos enfants n’ont d’autre appétit

que de pouvoir assumer leur vie…

souvenez-vous de Claude Gueux

qui tua son geôlier « parce que ! »

 

souvenez-vous de Claude Gueux

qui tua son geôlier « parce que ! »

 

Notre justice a deux vitesses ;

plus question de serrer les fesses,

on tient la trique entre les dents ;

unis nous irons vers l’avant !

 

Nous ne sommes d’aucune manigance,

d’obscurantisme, de violence ;

souvenez-vous de Claude Gueux

qui tua son geôlier « parce que ! »

 

souvenez-vous de Claude Gueux

qui tua son geôlier « parce que ! »

 

Nous savons crever les paillasses,

loger la balle en la culasse ;

comme le chantait si fort Ferré

« nos armes sont vieilles et rouillées »…

 

mais nous sonnons là le réveil,

voulons notre part de soleil !

souvenez-vous de Claude Gueux

qui tua son geôlier « parce que ! »

 

souvenez-vous de Claude Gueux

que l’on tua à petit feu !

 

L’année recommence, on attend

que le soleil sorte de l’étang ;

souvenez-vous de Claude Gueux

que l’on tua à petit feu…

 

souvenez-vous de Claude Gueux,

qui perdit les siens pour bien peu !