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Absurdité

Je viens de la ville, où tout le monde pianote,

femmes, enfants et vieillards sur des I Pad tout noirs;

et n’en ai vus aucun marcher la tête haute,

joyeux drille, insouciant, comme allait Titus Plaute

par les rues de Sarsina quand tombait le soir !

 

Je n’ai rencontré qu’une houle de cheveux,

des vagues de tignasses sous d’acres embruns.

Comme ils allaient un voile par-dessus leurs yeux,

je ne voyais leurs barbes, ils ne voyaient les cieux ;

je naviguais dans un univers importun !

 

Jadis, on saluait même le piéton d’en face

et l’on portait les paquets de la dame âgée

quand les trottoirs brillaient au temps des Saints de glace,

ou d’un regard complice on saluait les grâces

d’une passante à la croupe fort bien moulée !

 

Tous pianotaient vous dis-je et je vis tout autour

se tisser un grillage de banalités

dans lequel se prenaient autant les mots d’amour,

que les mots perdus et les appels au secours ;

la décadence orchestrée de la société.

 

Nul ne s’en rendait compte car tous étaient ailleurs

à chercher le bonheur sur une terre inculte !

comme tous étaient les moutons du dictateur,

ils broutaient, naïfs, les fleurs de l’usurpateur

sans en percevoir les rires dans le tumulte !

 

J’ai tenté de lever le doigt vers le soleil

pour montrer… mais sans me voir tous m’ont écrasé.

Pourtant le soir venait dans son simple appareil

poser sur les toitures son oreiller vermeil

et la nuit s’annonçait drôlement étoilée.

Panégyrique posthume

Pourquoi ai-je toujours cette idée saugrenue,

dès qu’un peu de temps libre pointe le bout du nez,

de faire ainsi danser mes doigts sur le clavier ?

faut-il donc que j’engrange ou bien que j’évacue ?

 

Quel est ce rapport fusionnel, ce jeu de dupe

qu’ont établi la page Word et mon esprit ?

pourquoi faut-il d’instinct que j’allume l’ordi

et salive à l’idée d’y peler mille drupes ?

 

Quel est ce ver qui se tortille en ma cervelle,

laboure sans cesse les landes de mes sens,

craque l’allumette sous la poudre d’encens

et fait trisser en moi les maux de Philomèle ?

 

Pourquoi faut-il qu’au final mes images riment ?

pourquoi dois-je traîner une lyre à mon cou

comme d’autres de lourds diamants ou un  licou ?

à quoi bon naviguer entre “entrée“ ou “supprime“ ?

 

Et pourquoi demeurer fidèle au quatrain

quand de prestigieux confrères, sous d’autres formes,

boivent les honneurs de l’habit vert, du bicorne ?

hélas, le quatrain ne procure plus le pain !

 

Je n’ai rien à manger, pourtant j’écris sans cesse ;

misérable qui croit que versifier nourrit !

s’il savait le malheureux combien je maigris,

il m’allaiterait… fut-ce toujours de promesses !

 

Un jour je serai si maigre que les eaux-fortes

qui glougloutent en mon âme feront céder mon corps ;

j’irais en chapelets de quatrains vers la mort,

une métaphore d’or coincée dans l’aorte…

 

et vous direz alors, vous qui me condamnez

à errer dans l’enfer des poètes maudits :

« C’est vrai que ce rapsode avait bien du génie ! »

“panégyrique posthume“…

ces éternelles louanges qu’aujourd’hui vous taisez.

Le monde chrysocale

En l’espace d’un songe je suis devenu vieux ;

hier soir j’étais enfant et ce matin, adieu !

J’ai sauté la barrière, en dormant, cette nuit ;

les chemins de la subsistance m’ont trahi !

 

En me levant, j’avais la larme au coin de l’œil

de celui qui a bel et bien perdu le breuil ;

non de celui qui a démérité, je pense,

ni craché dans la soupe, la soupe dans la panse !

 

J’ai perdu mes repères, changé d’entendement,

ne reconnais plus le chant des vieux arguments

et ne vois plus de coquelicot sur ma route ;

comme si mon âme, d’un coup, s’était dissoute…

 

et ne suis mort non plus, puisque je vous relate

ce qui, ma foi, pourrait bien être les stigmates

d’un mal irréversible, dont je ne sais la cause,

mais auquel, par le biais d’une métempsychose

 

je voudrais mettre fin ; m’éveiller à nouveau

sur l’herbe du talus ! sortir du caniveau !

A défaut de trouver sous le lit ma jeunesse,

je voudrais plus encore retrouver ces faiblesses,

 

ces forces, devrais-je dire, qui m’ont permis

de fendre la bise, le regard ébloui,

dans la naïveté, ô combien virginale,

de prendre pour de l’or les étoiles chrysocales !

 

Je ne suis pas déçu, je ne suis pas amer ;

j’ai seulement pris trop de choses à l’envers !

En l’espace d’un songe je suis devenu vieux ;

hier soir j’étais enfant et ce matin, adieu !

 

mais qu’ai-je fait de constructif entre les deux ?

Dis grand-père…

Que penserais-tu de l’admirable merdier,

si tu étais, grand-père, toujours à nos côtés ;

si tu pouvais de tes Corbières Occidentales

nous siffler les refrains des grèves générales ?

Comment appréhenderais-tu le grand foutoir ?

Dans cet immense bordel, aurais-tu l’espoir

de retrouver enfin quelque saison clémente

où l’homme jouirait de concorde et d’entente,

où l’enfant réapprendrait de son banc d’école

à ne plus adhérer aux idées “Picrocholes“ ?

Quels seraient tes mots pour aiguillonner la foule

qui va de dos ronds en étranges culs-de-poules ?

Et comment analyserais-tu le progrès ?

Et que penserais-tu des vagues d’immigrés ?

Comment verrais-tu les hommes qui nous gouvernent

et de quelle grosseur verrais-tu nos gibernes ?

Comment t’y prendrais-tu pour sauver la nature

et pour foutre le feu aux bureaux de questure ?

Comment offrirais-tu la joie aux portefaix ;

dis, grand-père, comment graverais-tu la paix ?

Dis, grand-père, comment stopperais-tu la pluie,

l’égoïsme, la haine, l’ignorance et l’ennui,

et la peur et l’angoisse de périr à feu doux ?

Et comment écarterais-tu les gabelous ?

Que dirais-tu à ceux qui meurent de solitude,

à celui qui vit parce que toujours il exsude,

à la femme qui doit aller tête couverte,

qui n’a pour seule voie que celle de sa perte ?

Et quels maux réserverais-tu aux chefaillons

qui harcellent sans cesse des troupeaux de moutons ?

Dis, comment tordrais-tu le cou à l’injustice,

à la souffrance, au vice, à la fausse justice ?

 

Mille pardons grand-père de t’avoir réveillé,

toi qui connus la guerre et le ciel bleu d’été…

n’ayant sur terre personne qui me comprenne

je me suis permis de toquer à tes persiennes ;

s’il est quelqu’un là-haut qui connait le chemin,

mettez-vous en route il faut façonner demain !

La migration des idées philosophiques

Bien des idées philosophiques,

perchées sur des fils électriques,

si l’on en juge la saison

préparent là leur migration !

 

Quelles sont drôles, au purgatoire,

les idées folles, les idées noires,

celles qui veulent conquérir

le monde avant de revenir !

 

Alors les rouges iront hurlant

du côté du soleil levant ;

elles partiront le poing dressé

causer aux hommes de liberté !

 

D’autres, le regard pacifique,

se préparent pour l’Amérique,

mais arriveront-elles à temps

pour stopper la course à l’argent ?

 

Les blanches, pour le Moyen-Orient,

déjà revêtent le drapeau blanc ;

sous la canonnade fournie

où construiront-elles leur nid ?

 

Les vertes, toutes en salopette,

portant les maux de la planète,

pondront, je sais, à chandeleur,

la saison des grands prédateurs !

 

D’autres idées se font la cour,

les bleues, celles qui chantent l’amour ;

elles iront au septième ciel

voir si l’amour est éternel !

 

il en est qui traitent de Dieu,

ou bien des femmes, ou bien du jeu,

il en est, bien sûr, qui plaisantent ;

d’autres timides ou qui se vantent…

 

et sans arrêt d’autres rejoignent

les fils, à mesure que s’éloignent

les idées qui ont trouvé leur voie !

d’autres idées prennent du poids !

 

Bien des idées philosophiques,

sur bien des fils télégraphiques

rendront là leur dernier soupir ;

transmise, l’idée doit mourir !

 

Je n’ai rien à faire, et c’est marrant

de donner, sans prendre de gant,

son idée sur la migration

de quelque grands thèmes à la con,

 

de philos extraordinaires

qui révolutionneraient la terre

portant la paix en tous logis,

dont l’homme, hélas, ne se soucie !

 

Et tant la conscience me pèse,

je passe des heures sur la chaise,

le nez vers les fils électriques,

l’œil grand ouvert, l’esprit critique !

 

Un jour, quelque idée jaira

depuis la chaise tout en bas ;

partout elle fera des petits;

 

ce sera mon idée de génie !

Appel au bonheur

               Si d’un clic droit sur la souris, l’on ôtait de l’esprit de l’homme, toute notion d’Enfer, de Paradis, d’ange, de vierge, de démon, de Dieu sauveur et d’asservissement aux cieux ?

Si l’on ôtait de l’esprit de l’homme, l’idée d’une vie après la mort, l’idée qu’un esprit supérieur vienne guider ses pas, que son destin est fils d’obéissance et qu’il doit donc s’inféoder sous peine “de“ ?

Si l’on ôtait de l’esprit de l’homme, le désir de communier avec le doute et de se livrer corps et âme à la cause entendue ?

Si l’on ôtait de l’esprit de l’homme, qu’il est nécessaire de s’agenouiller, de souffrir pour quémander l’antidote à ses souffrances ?

Si l’on ôtait de l’esprit de l’homme, tout besoin d’oppresser, de mutiler, de violer, de séquestrer, de déporter, de voler, de s’enrichir et de tuer au nom d’un idéal théologique ?

            Si d’un clic gauche sur la souris, l’on insérait dans l’esprit de l’homme, le naturel et la simplicité, l’amour et la paix, l’altruisme ; la bonté ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, que l’univers existe depuis quinze milliard d’années ; qu’au début, la terre n’était qu’une boule de lave en fusion avec une atmosphère de vapeur d’eau et de gaz toxiques, qu’en se refroidissant la surface s’est solidifiée en une croûte terrestre, que progressivement la vapeur d’eau s’est condensée pour former des océans dans lesquels des bactéries ont commencées à apparaître et à se développer pour arriver à l’homme? (les plus lointains ancêtres de l’homme, les australopithèques, sont apparus il y a quatre millions d’années).

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, qu’il s’agit là d’une organisation interne résultant d’une coopération entre des cellules ?

qu’ainsi, la vie ne doit pas son existence à la compétition, mais à la coopération ; à l’union ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, que l’homme actuel, l’homo sapiens-sapiens est apparu il y a deux cent mille ans et que cela représente juste 0,0013% de la durée d’existence de l’univers ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, l’humilité ?

               Si d’un clic droit sur la souris, l’on ôtait de l’esprit de l’homme, toute vénération à un politique, à un philosophe, à un artiste ; à tout homme public ?

Si l’on ôtait de l’esprit de l’homme, toute acceptation automatique, toute certitude idéologique ?

Si l’on ôtait de l’esprit de l’homme, tout conditionnement, toute résignation, tout moutonnement ?

Si l’on ôtait de l’esprit de l’homme, toute notion de racisme, de différence, d’orgueil, de jalousie, de mesquinerie, de misogynie, d’hypocrisie, de lâcheté, d’irresponsabilité, d’appétit du lucre, d’agressivité, d’arrogance, d’intolérance et de machisme ?

               Si d’un clic gauche sur la souris, l’on insérait dans l’esprit de l’homme, la réflexion logique, l’écoute, la proposition, le discernement et la pensée constructive ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, que bien des politiciens et décideurs en tout genre ne sont que pour leurs intérêts personnels et se moquent éperdument de leurs concitoyens, leurs collaborateurs et leurs subordonnés ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, qu’uniquement l’orgueil, le mensonge, le faux-semblant, la combine, la manigance et l’argent régissent le monde ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, que lui-même se trompe de combat, que sous un matraquage médiatique trop souvent diversif il chemine à côté de la raison ?

Si d’un clic gauche sur la souris, on insérait dans l’esprit de l’homme, qu’il est des révoltes prioritaires et que s’il est bon de gueuler le pavé c’est au son du poing levé et non de l’accordéon ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, que l’heure n’est plus à obéir et se taire, que l’on nous ôte, avec parcimonie, les bienfaits et les vertus de nos révolutions passées ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, que le nouveau drapeau est d’un rouge uni ?

Si l’on insérait dans l’esprit de l’homme, le retour à la raison, la combativité positive, la lutte pour le respect mutuel, l’union et la manière dont on use de la pierre à aiguiser la faux avec amour,

alors, je vénèrerais la souris…

alors, clic gauche / clic droit, demain serait heureux !

Racines

Même si j’étais né là-bas

entre les sabots d’un chameau,

et la soif asséchant mes bras,

et le sable fouettant ma peau,

parmi les regs et les dayas

menant sans cesse le troupeau…

 

pour quelques bruines éphémères

je n’aurais pas quitté le nid ;

jamais n’aurais quitté la terre

que mes ancêtres auraient bénie !

———-

Même si j’étais né là-haut

dans ces maisons de bois teinté

de rouge vif pour avoir chaud,

près d’un fjord où même l’été

les orques et les cachalots

ont la chair de poule et l’onglet…

 

pour quelques soleils éphémères

je n’aurais pas quitté le nid ;

jamais n’aurais quitté la terre

que mes ancêtres auraient bénie !

———-

Même si j’étais né sous l’épaisse

forêt tropicale, où les rais

de lumière serrent les fesses

pour pénétrer la canopée,

à l’heure grave où la tigresse

s’en vient croquer quelques pigmés…

 

pour quelques néons éphémères

je n’aurais pas quitté le nid ;

jamais n’aurais quitté la terre

que mes ancêtres auraient bénie !

———-

Même si j’étais né sur les pentes

lavées de cendres et de fumées,

fraîches moulues de laves ardentes

d’un volcan sans cesse harcelé

par quelque tripe bouillonnante

et des râles en pointillés…

 

pour quelques prairies éphémères

je n’aurais pas quitté le nid ;

jamais n’aurais quitté la terre

que mes ancêtres auraient bénis !

  ———-

mais je suis né dans un vallon

où la violence est quotidienne,

où mes semblables, à l’unisson,

font couler le sang et la haine,

où l’on court à la perdition

sitôt qu’on court à perdre haleine !

 

J’ai préparé mon baluchon

et dois en pleurs quitter le nid,

abandonner ce vert vallon

que mes ancêtres avaient béni !

 

« Fontaine, jamais je ne boirai

ton eau ! »  c’est avec conviction

que du perce-neige au muguet,

de la vendange à la moisson,

sous mon vieil arbre je clamais

cet adage en toutes saisons !

 

Que mes ancêtres me pardonnent

je brûle la plume du nid ;

les vers ont gangréné la pomme ;

 

la pomme rouge du pays !

Désirs

Ce soir les muses font relâche,

ce soir personne ne cravache,

ce soir les muses n’ont la fibre,

ce soir, enfin, j’ai quartier libre…

 

ce soir je vais rouler ma bosse

dans quelque cul de basse-fosse,

j’entends par là “je vais pieuter“,

j’entends par là “je vais rêver“,

 

j’entends par là “je vais errer“

 au gré de la naïveté

des perles bleues de l’insouciance,

des contreforts de l’inconscience…

 

je vais gueuler, je vais pleurer,

je vais jouir, je vais planer,

je vais sombrer dans l’infini

des enfers et des paradis,

 

je vais retrouver les copains,

les poètes et les putains,

toute la clique d’excentriques

qui me fout le spleen et la trique !

 

puisqu’il n’y a plus de cinéma,

ce soir, enfin, je pars chez moi,

puisque c’est le jour où l’on ferme,

ce soir, enfin, je pars “en perme“ !

 

je pars boire à l’air du pays

des liqueurs de tout acabit,

des liqueurs qui roulent les R,

breuvages révolutionnaires !

 

ce soir je ne devrai de compte,

ni à Dieu, ni au roi, ni au comte ;

ce soir, enfin, pour une fois,

je brillerai de mille éclats ;

 

ce soir, enfin, sans oripeau,

sans étiquette dans le dos,

sans vie, sans âme et sans trépas,

GARRIGOU dans tous mes états

 

je serai moi…et rien que moi !

Bien content

Un vieux plantait un olivier

dans la rocaille de son jardin,

à la sortie d’un patelin

que seule la misère connaît ;

 

où ne viennent que les corbeaux,

le cri lugubre du grand vent,

quelques fidèles revenants

quand le soir ouvre ses tombeaux.

 

Le vieux plantait son olivier

dans la rocaille d’un jardin

où ne pousse que le chagrin

entre l’espoir et le fumier.

 

Tant que quelque force lui restait,

il enfouissait ses prières

sous une grosse motte de terre

et puis le travail terminé,

 

courbé sur sa canne de buis,

de sa vieille bouche édentée

le brave homme laissa échapper

le sourire de l’œuvre accomplie.

 

Un rayon de soleil perça

l’épaisse couche de nuages ;

Dieu devait lire son message.

Alors le vieil homme se tourna,

 

se releva tant bien que mal,

sourit encore et se signa,

puis repartit à petits pas

près du feu lire son journal.

 

Les oliviers poussent aisément,

sans trop d’engrais, dans la rocaille ;

chez nous, c’est vrai, d’un peu de paille

on fait sa couche ; bien content.

Le temps des deux écoles

Il a passe Montaigne en revue et Zola,

d’Italo Calvino à marché sur les pas ;

il a planché sur Sartre et Pascal et Camus

qu’il a visités de son âge, sans abus…

 

on lui a rempli l’esprit d’idées “à la va-vite“,

quand le programme vous emmène d’Héraclite

au slam en quelques mois, bon ado malgré soi,

plein de vie, de critique, bourré de “Je sais, moi !“…

 

les cours n’apprennent pas à lire entre les lignes,

que des vents et des cieux l’homme est toujours indigne,

qu’il faut fermer les yeux et lire avec le nez

les parfums qu’en rêvant l’ouvrage vous remet,

 

qu’il faut ravir l’oreille aux bruits de la marée,

au sable qui obstrue le chenal des pensées,

qu’il faut s’émerveiller au chant d’une sirène,

aux pleurs du baleinier, aux cris de la baleine !

 

on finit par délaisser la ponctuation,

dans la littérature comme dans la chanson ;

on respirait au point, riait à la virgule,

mettait les guillemets, l’illustre majuscule !

 

Ce sont les jours d’hiver, quand les strophes à larmes

des poèmes récents, profondes de vacarme

viennent, impétueuses, vous glacer le sang,

que l’interligne alors fait le plus de boucan…

 

et l’auteur et l’ouvrage passent au second plan,

et l’on hurle comme on hurlait étant enfant,

et l’on apprend enfin qu’au bout de chaque cri

la cloche qui résonne est celle de la vie !

 

Il a passé Montaigne en revue et Zola,

de Prévert à Rimbaud a marché sur les pas.

L’histoire m’a conté qu’il aurait commencé

à lire entre les lignes ; il a donc progressé !

 

l’homme a besoin de temps pour comprendre l’hiver,

le poème éternel, à l’endroit, à l’envers ;

lorsqu’il l’aura saisi, alors il comprendra

le souffle familier qui remontait ses draps…

 

tout ne serait bien sûr qu’une question de temps !

il quittera l’hiver et vivra au printemps,

au présent, rempli d’amour, de soleil, de joie

et puis viendra l’été et nous serons tous là.

 

Je vais passer Montaigne en revue et Zola,

moi qui sais le comment, j’apprendrai le pourquoi

lorsqu’on boit ses vingt ans l’on se prend pour le roi,

et cinquante accourus l’on se sent dévêtu !