Rss

Le doute affreux

Nitrates, paracétamols,

perturbateurs endocriniens,

pesticides, séléniums,

bactéries, radioactivité…

 

chéri, prenez un verre d’eau du robinet !

 

bactérie Eschérichia coli,

antibiotiques, salmonelles,

dioxines, activateurs de croissance,

biocides, métaux lourds…

 

chéri, laissez-vous tenter par un succulent steak haché !

 

fongicides, herbicides,

nématicides, insecticides,

désherbants, phosphates,

xénobiotiques, tensioactifs…

 

chéri, consommez-vous vos cinq fruits et légumes au quotidien ?

 

méthylmercure, dioxine,

polychlorobiphényles,

cadmium, plomb,

arsenic, organo-étains…

 

Chéri, que diriez-vous d’un poisson pour varier le menu ?

 

particules, ozone,

oxydes d’azote,

dioxine de soufre,

ammoniac, benzène…

 

chéri, prenez donc un grand bol d’air frais !

 

Syphilis, condylome,

blennorragies, Chlamydia trachomatis,

mycoses, herpès, sida,

lymphogranulomatose vénérienne rectale…

 

chéri, le sexe est excellent pour le moral !

 

Voyez-vous, amis, parfois je me demande si l’amour que me voue cette femme est des plus sincère…

Le disparu

Là, tout sentait l’anchois,

la basse terre, le ciel,

la cuillère de bois,

la confiture, le miel,

les tamaris en fleurs,

la petite maison,

les crêpes de chandeleur

et le bâtard au son,

la chaloupe ventrue,

les filets à la traîne,

l’huile de foie de morue

et les yeux des sirènes,

le phare rougissant,

l’écume et les galets,

le phare verdissant

et les cieux étoilés,

la friture dans la caisse,

la caisse sur la brouette,

le gros chat sur la caisse,

le miroir aux mouettes,

la casquette bleutée,

le caban décousu,

la bouffarde chargée

de tabac au merlu.

 

Là, tout sentait l’anchois

de la houle au soleil,

même Dieu et le Roi,

car tout sentait pareil…

et tous étaient égaux

devant l’immensité !

hommes, anchois et bateaux

côte à côte luttaient !

 

Là, tout sentait l’anchois ;

je m’y suis arrêté ;

ne croyez surtout pas

que l’odeur m’a gênée !

 

Là, tous étaient si bons,

là tout était si beau

que je bats pavillon

blanc en ces douces eaux.

 

Dites qu’en eaux profondes

un matin j’ai sombré ;

dites à tout le monde

que je suis mort noyé ;

oubliez que jadis

je buvais votre vin…

et dites à mon fils

que c’était le destin !

 

Le marin

Je vous vois attablés

autour d’un plat fumant,

un civet de sanglier,

des giroles, un faisan ;

 

j’entends d’ici vos rires

et je sens votre vin ;

je connais les délires

des soirs entre copains…

 

braves gens de la terre

à l’âme merveilleuse

et je sens l’atmosphère

enfumée et joyeuse

 

de la vaste cuisine

où vous êtes en rond,

faisant face aux verrines

et dos aux illusions…

 

faisant feu de tout bois !

jonglant avec les mots !

riant de je ne sais quoi,

d’un quelconque propos !

 

Je vous sais à la table

des humeurs pétillantes,

la posture impeccable,

la soif d’être, béante !

 

et rongeant votre vie

comme un os de poulet !

je vous sais, doux amis,

grandement occupés …

 

 aussi, je prends congé

sous une encre d’ébène,

car n’être à vos côtés

me cause grande peine !

 

je suis tout seul, là-bas,

les pieds et mains aux fers

sur un cercueil de choix

voguant en toutes mers !

 

« Un jour je serai grand

et je serai marin ! »

 

qu’est ce qu’on est con, enfant,

j’étais si bon terrien !