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« Ballade » au gré du vent de Cers (livre 4) 1999

à ceux qui ne se prennent ni le chou ni les pieds

aux racines saillantes de la bêtise moderne,


    Mise en bouche

  

      Et si l’on faisait une petite « ballade » au gré du vent de Cers avant de parler de la rentrée des classes, du business, des habitudes à reprendre, et, ma foi, du stress que tout cela occasionne ?

    Bien que le temps fût assez mitigé au mois d’août, l’été sur les terres audoises est une saison bénie des Dieux. Que le thermomètre et le chapeau se livrent une guerre acharnée ou pas la garrigue reste toujours aussi parfumée, les cigales s’aiguisent le ventre sur l’écorce des pins, les raisins terminent leur maturation et les filles de chez nous se parent du bronzage le plus croustillant qui soit !

    A cette heure, dans les caves, tout est pratiquement prêt pour aborder avec sérénité la saison des vendanges. Les demi-muids, les entonnoirs, les siphons et les robinets en cuivre font peau neuve, le mustimètre, fidèle à son habitude est des plus optimistes, les batteurs des machines à vendanger et les ressorts des sécateurs sont changés ; comme le ciel, le moral est tendre et lumineux !

    Que diable pourrait venir troubler la quiétude du village ?

    Si la journée de chacun est honorablement remplie, la nuit n’est pas en reste avec son lot d’humeurs, de senteurs et d’habitudes. Les sangliers fouillent entre les chênes kermès et déterrent quelques friandises, les lièvres et les lapins gambadent dans les hautes herbes des talus, le renard est à l’affût et le vignoble prend enfin le frais à la lueur du candélabre céleste.

   Ne croyez surtout pas que les « mitounes » sont couchées ! entre minuit et cinq heures elles se regroupent, établissent quelques plans diaboliques, arrangent les abords de leurs domaines, puis chantent et dansent jusqu’au lever du soleil ; malheur à celui qui se trouverait alors dans les parages, il deviendrait leur esclave à jamais !

   Au patelin trois ou quatre chats se battent sur les toits des poulaillers ou dans le fond des jardins, les figues sont presque mûres et on commence à astiquer les bocaux pour faire de la confiture.

   Une à une l’obscurité a gagné chaque fenêtre épargnant une lucarnette coincée entre deux toits, derrière laquelle l’âme d’un aède vogue encore sur les méandres d’une galaxie où tout est conforme à ses rêves les plus fous. Ce fol se couchera quand les premiers commérages annonceront que l’aube nouvelle est déjà là. Alors il s’allongera sur sa litière de songes et jettera sa toge d’illuminé par-dessus ses épaules.

   Comme il fut le cas dans mes trois recueils précédents, se mêlent au fil de ces derniers textes : Fontiès, Labastide et le Val-de-Dagne, la montagne d’Alaric, le vignoble, évidemment, quelques prénoms chers à mon cœur et quelques couillonnades qui rappellent que la vie est une grosse farce et qu’il est donc inutile de s’obstiner à se prendre le chou, sachant pertinemment que ce brassica oleracea n’est nullement un des ingrédients… de la farce !

                                                                                                                                 J.G


    Table des poèmes

                                                                                        
  1. Heureux, l’Achille !
  2. La Palme d’hier ; l’homme d’aujourd’hui.
  3. La complainte de la plume.
  4. Les tétines du bonheur.
  5. Victor, Louisou ; corrélation.
  6. Hommage au puits de Fontiès-d’Aude.
  7. Le corridor du paradis.
  8. Hiver 68, on fait veillée chez Jean Labeau.
  9. La procession des seigneurs.
  10. Baptême aux bénitiers d’Alaric.
  11. C’est un « assiétadou ».
  12. Ainsi parlait ma grand’tata.
  13. Ah, Paris.
  14. Esprit, es-tu là ?
  15. Le jour J.
  16. Acrostiche à l’amour.
  17. Les devoirs de la vie.
  18. Lettre ouverte aux cons de mon village.
  19. Entre « garrigue » et « Garros ».
  20. Labastide, corps et âme.
  21. Avant que tout aille à vau-l’eau…
  22. Les « tuteurs » de Villetritouls.
  23.  Demain, j’essaierai de mieux faire.

1.  – Heureux, l’Achille ! –

  

Le Styx n’ayant pas de méandre

qui mouille sa fière cité,

et à court de temps pour prétendre

à quelque voyage organisé,

ma mère voulut qu’on lui apporte,

au grand soleil du jardinet,

la plus belle de nos comportes

et la fit remplir d’eau d’Alet.

 

Bien sûr, me collant au talon

comme elle le fit pour mes deux frères,

elle me plongea dans le bouillon

à défaut de la dive rivière

 

et le résultat, c’est évident,

n’eût tous les effets escomptés.

Achille dirait, en souriant,

« Mon tendre cadet a des ratés ! »

 

Pourtant,

 

à ceux qui me demandent comment

(sans vouloir me faire de réclame),

je peux faire pour manger autant,

boire et péter encore les flammes,

 

je réponds fièrement, ironique,

que petit je suis tombé dedans,

que l’eau d’Alet est bien magique

et ses effets impressionnants !

 

tous mes copains en restent baba,

les bras en croix sur les genoux !

 

à ceux qui me demandent comment

(sans vouloir me faire de réclame),

au lit je suis aussi brillant

et comme un diable pète les flammes,

 

je réponds fièrement, ironique,

que petit je suis tombé dedans,

que l’eau d’Alet est bien magique

et ses effets impressionnants !

 

toutes mes copines en restent baba,

les bras en croix, sur les genoux !

  

à ceux qui me demandent comment

(sans vouloir me faire de réclame),

à l’usine « chuis » pas plus vaillant

alors que d’autres pètent les flammes,

 

je réponds fièrement, ironique,

que bien que je sois tombé dedans,

les effets, certes fantastiques,

hélas ne durent qu’un certain temps !

 

Buvez « Alet », la source des Dieux…

enfin, des demi-Dieux !


2.  – La Palme d’hier; l’homme d’aujourd’hui

 

 « Un ciel rougeoyant, sur l’étang 1,

fidèle aux saintes habitudes… »

Ainsi, dans cette exactitude

vous trouveriez le prélude

chez mon confrère débutant !

non point qu’il n’éclaire par la suite

au lamparo le noble sujet ;

l’étang est de toute beauté,

les oies qui s’en viennent nicher,

les ajoncs, le voile d’Amphitrite…

 

et les grenouilles qui grimacent

à l’onde salée du palace !

 

Mais crois, ma fille, que ce soir-là,

en entendant tinter les cloches

du « château de la débauche »,

les lacets flottants aux galoches

le temps n’était aux nymphéas !

sur le voile blanc d’Amphitrite

le diable faisait la java !

des belles nues sur draps de soie

aux cris lugubres de la nouba

l’esprit n’était à Démocrite !

 

Arnaud 3 causait théologie,

Satan lui-même menait l’orgie !

 

Quand sur ces eaux le vent se lève

montent encore du château

le cri tendre des jouvenceaux,

les règles d’étranges jeux floraux,

les jouissances des jouvencelles,

puis des gloussements de colombes

et les rires des filles en émoi !

puis, en surface, quelquefois

flottent des pétales de sainbois ;

des pétales blancs d’outre-tombe !

 

Ainsi est fait le pays d’Oc,

de pattes de poules, de crêtes de coqs !

 

L’orage qui vint fut si violent,

si fort l’éclair vint au donjon

qu’Arnaud, ses diables et ses flonflons

s’engouffrèrent dans le tourbillon

que Dieu réserve aux mécréants !

Le temps n’est point aux religions,

aux quelconques philosophies ;

Satan et Dieu sont bons amis…

et l’homme, qui n’a rien compris,

guide encore son embarcation

loin des ruines du vieux donjon…

 

qu’en pense-t-on sur les ambons ?

 
1 Etang : Etang de La Palme (Aude)
2 « Château de la débauche » : D’après la légende Occitane  « Les messagères du diable », château du Conte Arnaud d’Auriac, Seigneur de La Palme et de Roquefort.
3 Arnaud : Arnaud d’Auriac.

3.  – La complainte de la plume

  

Petite, j’ai dû louper le coche,

tremper dans un fol encrier,

sûrement rouler trop de galoches

aux bancs de l’excentricité…

 

si bien qu’aujourd’hui je ne sais plus

à quelle langue me vouer !

entre « mirguette 1 » et « trotte-menu 2 »

sous quel drapeau prendre mon pied !

 

si par malheur je rime en français

l’occitan me fait des reproches,

m’accuse d’infidélités

et clame au grand jour mes débauches !

 

si à l’occitan je souris

c’est le français qui fait la gueule

croyant être le maître pardi !

alors tous les trois on s’engueule !

 

j’avoue que parfois je me sens seule !

 

Raimon de Miraval 3 compose

pour l’hiver des textes de braise,

Verlaine est passé à la prose,

moi j’ai le cul entre deux chaises !

 

je pourrais bien faire mon entrée

au sein des écrits érotiques

 et de la sorte papillonner

sur des lits d’us béatifiques,

 

 mais pour une plume qui boit du noir

si je me mettais à rougir,

pour sûr, je me ferai haïr

et jeter dans le fond de l’armoire !

 

De quel fond vais-je vous imboire ?

     
1 mirguette : petite souris.
2 trotte-menu : petit rat.
3 Raimon de Miraval : troubadour occitan 1165-1229

4.  – Les tétines du bonheur

  

Les cigales crissaient

accrochées sur leur cep,

Fontiès s’activait,

et sous les pins d’Alep

le vignoble dansait.

 

Le vent marin, timide,

faisait son entrée

sous un soleil splendide,

le fenouil embaumait

le penchant de la rive,

l’églantier préparait

quelques baies pour les grives.

 

Les vendanges semblaient

en avance d’un mois ;

fallait passer l’été,

pourvu qu’il ne grêle pas !

 

A la cave, déjà,

on sortait les comportes

et le phylloxéra

se rappelait à ma porte ;

ici rien ne s’oublie,

Marcelin 1 est présent !

cette pute de vie

le rappelle chaque instant !

 

Les cyprès étaient droits

comme dans un jeu de quilles,

l’horizon de guingois

sous des brumes résilles

et j’étais là, enfin,

vieux hibou solitaire,

en mon humble recoin,

mon refuge, ma tanière,

 

en ce paradis où rien

ne pourrait m’arriver…

si ce n’est

un mal aux dents de chien,

une cuite carabinée,

une bonne chevauchée

sur l’échine d’une fée !

 

En bordure de vigne,

à l’abri des regards,

loin des matins de guigne,

des nuits de désespoir,

du choléra, de la peste,

du snobisme des fouloirs,

 

je faisais la sieste…

et pionçais comme un loir ;

 

oui, comme un loir !

  
1 Marcelin : Marcelin Albert, chef de file de la révolte des vignerons du Midi en 1907.

5. – Victor, Louisou ; corrélation

  

Mon cher Hugo, il est parfois,

lorsque l’inspiration vous vient,

nécessaire de glisser le doigt

dans les rouages du divin,

de partir quérir le détail,

la couleur en ces paradis,

où, tout nu passant le portail,

seul le poète aguerri

saura ramener du verger

le juste mot, le point-virgule,

l’étoile qui saura étancher

les moindres désirs de la plume !

 

Mais moi, Monsieur, je débute

et cherche, hardi, quelque sujet,

me perds la nuit dans les volutes

opaques de la cheminée…

hélas, jamais ne viennent à moi

ni l’ombre du juge Frollo,

ni le sourire d’Esméralda,

ni la bosse de Quasimodo,

ni Notre-Dame ; rien de cela !

 

Dans le clocher de mon église

Louisou 1 appartient au passé !

il était « Sonneur » ! quelle sottise

les cloches sont automatisées !

même la pendule, sous le porche,

fonctionne à l’électricité !

Louisou, c’est notre âme qu’ils écorchent !

Victor, on appelle ça « le progrès » !

 

Comment voulez-vous que je devienne

un jour poète à succès ;

je peux prendre qui je veux pour mécène !

 

Victor, ne me laissez pas tomber !

 

 1 Louisou : Louis GUILHEM, sonneur de cloches à Fontiès-d’Aude… toute une vie !

6.  – Hommage au puits de Fontiès-d’Aude

  

Sais-tu ce qui singularise

le puits de la place de l’église ?

 

On ne dirait pas, à le voir,

qu’il a le même âge que le Bon-Dieu,

ou presque, puisqu’à son miroir,

Pithécanthrope le valeureux,

l’année de la guerre du feu,

vit enfin se refléter l’espoir !

 

on ne dirait pas, à le voir,

qu’Alaric, Roi des Wisigoths,

venait puiser à ce miroir,

pour son Ricard, trois volumes d’eau,

rotait et filait au galop

vers le château de ses espoirs !

 

on ne dirait pas, à le voir,

qu’à l’époque gallo-romaine,

sa toge flottant dans le soir,

quelque Sabine… ou Madeleine…

confiait ses furtives fredaines

à l’eau frémissante du miroir !

 

on ne dirait pas, à le voir,

que Benoît, le diacre cathare,

de la margelle fit son gueuloir,

défiant en joutes oratoires

Saint Dominique ; tu peux me croire,

l’eau de ce puits donne l’espoir !

 

on ne dirait pas, à le voir,

que la Marquise de Pompadour

se reflétait sur le miroir

tandis qu’elle ôtait ses atours ;

Louis XV avait fait un détour

pour l’honorer sur le bouchoir !

 

on ne dirait pas, à le voir,

qu’un boudrysan 1 révolutionnaire,

tout nu s’aspergeait au miroir ;

tu peux t’astiquer les lombaires,

pauvre Marat, faudra t’y faire…

tu finiras dans l’abreuvoir !

 

on ne dirait pas, à le voir,

que deux coqs se battaient tantôt,

chacun revendiquant le miroir !

comme à Fontiès on n’aime pas l’eau

les deux coqs finirent au pot

leur querelle dans le pinard !

 

la clé du puits est chez Simone ;

on ne le dirait pas, à la voir,

mais c’est la plus grande des espionnes

et sur le puits dit tout savoir !

passe donc la voir un de ces soirs…

 

cause-lui un peu du miroir…

demande-lui si l’eau est bonne !

  
1 boudrysan : habitant de Boudry (commune Suisse du canton de Neuchâtel, où naquit Marat le 24 mai 1743)

7.   Le corridor du Paradis

  

Si je l’écris à l’occitane

vous prononcerez « courédou » !

 

Peut-être parce qu’avec Garrigou,

la rime, ce soir, prend la tisane,

c’est drôle, il me vient à l’idée,

(non point que vieillesse me tracasse)

d’aller dans le fond de l’impasse

retrouver mes jeunes années.

 

Si je le prononce à l’occitane

vous ouïrez bien « courédou » !

 

On le dit sombre et malfamé,

lui fait mauvaise réputation

ou le réserve à l’occasion

pour quelques envies bien pressées…

 

mais il en est un, au village,

où ne courent point les souris ;

lui, s’ouvre sur le paradis

et chacun vient au bastingage !

 

C’est dans cette ruelle à l’écart

des échos de la place publique,

que l’âme encore bien pudique

nous découvrions, en cours du soir,

pour les parfums les plus intimes

un intérêt hors du commun,

parions déjà à cent contre un,

jurions des tirades sublimes,

et sortions la main dans la main

sans un instant avoir osé

se risquer au fameux baiser…

que l’on remettait à demain !

 

Si je vous dis qu’à l’occitane

il se prononce « courédou »,

c’est pour partager avec vous

l’époque des premiers arcanes !

 

Si à l’entrée du « courédou »

vous croisez la belle occitane,

priez pour que son doux profane…

ce soir l’embrasse dans le cou !


8.  Hiver soixante-huit, on fait veillée chez Jean Labeau

 

Voici que me reviennent à l’esprit,

le grand Monsieur, le petit homme,

leurs traces de pas dans la nuit…

au coin de la rue les fantômes,

 

les hordes de loups affamés

prêts à bondir sur l’innocence

et les doigts menus qui serraient

la main ridée de la confiance.

 

L’un contre l’autre ils s’en allaient

au pays des soirées magiques,

au rendez-vous de l’amitié,

comme, seule au pays des barriques,

 

pour peu qu’on quitte le chemin

et qu’on entre dans la cuisine,

entre les rires et le vin

elle vous attend et vous fascine !

 

Une serrure sans sa clé,

pas de Judas, une moustiquaire

pour les visiteurs de l’été…

 

chez Jean, « les dix » faisaient la paire !

 

les dix copains du village,

la paire de fûts de Carthagène 1,

comme les dix nuits de pressurage,

la paire de cons qui nous gouvernent…

 

voici que me reviennent au palais,

le sucre sur le bord du réchaud,

les petits verres et la veillée

que l’on passait chez Jean Labeau…

 

et voici que me reprends l’idée

de clamer aux faîtes des toits,

que seuls la simplicité,

l’amour, le respect et la joie…

 

et voici que me reprends l’idée…

mais qui souhaiterait à présent

écouter ces raisonnements ?

  
1 Carthagène : liqueur de vin (spécialité de l’Aude).

9.  – La procession des seigneurs

 

J’ignore comment, sur vos terres,

on nomme aujourd’hui l’ustensile

sur lequel, la mine cavalière,

à la nuit noire on jubile !

 

Dans la Corbière de mon enfance

chaque famille avait le sien,

et l’utilisaient à outrance

le père, la mère… et le voisin !

 

pour le voisin, sûr, je rigole !

la rigole, c’était plutôt

pour celui, qui, c’est croquignol,

n’avait plus le temps d’aller au pot !

 

Bien sûr les familles les plus riches

en avaient un par tête de pipe,

orné des superbes acrostiches

de leurs prénoms, de leurs principes.

 

Le mien était bien misérable

mais toujours là quand il fallait !

et entre le pied du lit et la table

jamais ne m’a laissé tomber !

 

Avec le liseré vert amande

qui rutilait sur son chapeau,

lorsque nous portions « la commande »

dans les méandres du ruisseau,

 

plus fiers que le grand Artaban 1,

à l’aurore, en ribambelle,

ah mon Dieu qu’elle était belle

la procession du bon vieux temps !

 

J’ignore toujours, sur vos terres,

comment on nomme ces bijoux,

mais chez nous point de mystère :

des « ferrats » 2 et des « pissadors » 3 !

 

ceci-dit, sur les susnommés

l’inspiration étant à l’aise,

elle nourrit autrement l’idée

que sur la paille d’une chaise !

 
1 Artaban : ce grand héros du roman « Cléopâtre » de La Calprenède… bien sûr !
2 « ferrat » en occitan ; seau en français.
3 « pissador », qui se prononce en occitan « pitchadou » ; pot de chambre en français.                     

   10.  Baptême aux bénitiers d’Alaric

  

Les cieux étaient limpides,

comme la mer, en juillet,

qui s’en vient taquiner

la « vieille » océanide ;

 

« vieille » n’est qu’adjectif,

à nos yeux qu’une image

et ne vaut témoignage

plus que superlatif !

 

Sus au septentrion

où mes terres se rident !

Alaric 1, chrysalide,

pas encore papillon !

 

« vieille » n’est qu’adjectif,

à nos yeux qu’une image

et ne vaut témoignage

plus que superlatif !

 

Les cieux étaient limpides

et j’avais rendez-vous

à la messe des fous

avec de fiers candides

 

qui tirent leur bonheur

des essences divines

du pays « d’origine »

et chantent tous en cœur !

 

Sommes-nous donc débiles

d’honorer la nature

et d’offrir en pâture

notre amour aux fossiles ?

 

Mais l’office est grandiose

sans abbé ni hostie ;

que la foi et l’envie,

le silence et l’osmose !

 

Quand le soleil décline

entre les bénitiers,

dans le rougeoiement sacré

des cieux qui s’illuminent

 

j’entrevois le Bon-Dieu,

cheminant, solitaire,

vers quelque sanctuaire

oublié des banlieues…

 

près des fonts baptismaux,

Alaricou 2 sourit

aux tendres gazouillis

qui pourlèchent les vitraux ;

 

par nos chants de liesse

nous clamons son prénom !

à demain nous croyons ;

l’enfant, se nomme « Sagesse » !

 

nous clamons son prénom

en nos chants de liesse ;

l’enfant, se nomme « Promesse »

et demain… nous verrons !

  
1 Alaric : Montagne d’Alaric (entre Carcassonne et Narbonne) Aude.
2 Alaricou : Petite montagne à 3 km au sud de la Montagne d’Alaric.

11.  – C’est un « assiétadou 1 » –

  

On la trouve partout

chez nous, sauf dans la presse !

 

certains y fourrent leurs fesses

courant le guilledou,

d’autres, allant à la pêche,

l’aperçoivent tout à coup

à six bottes du « trou »

dormant dans l’herbe fraîche !

 

parfois, elle s’emmitoufle

au creux de la foret ;

à cinq pas du sanglier

elle retient son souffle !

 

toujours, sur la colline,

Cers et marin 2 la pourlèchent,

mais elle est bien revêche

et point d’humeur câline !

 

si quelque troubadour,

au temps des bons cathares,

lui offrit sa cithare,

vain resta son amour !

 

et nous étions, tous deux,

à causer du bonheur

lorsqu’une étrange lueur

déposa sur nos yeux

de fines paillettes jaunes,

bleues, d’autres multicolores,

puis il en vint encore

et nous nous primes au jeu

de la pensée exquise

faisant ainsi le vœu

de n’être qu’un, mon Dieu !

 

mais pour qu’il se réalise,

comprenez, braves gens,

que par foi je ne puis

vous dire ni où ni qui,

mais sachez cependant

 

qu’au pays des cailloux

elle est une pierre plate !

 

comme aurait dit Socrate :

« C’est un assiétadou ! »

  
1 assiétadou : pierre plate du Midi sur laquelle s’assoient les chasseur au poste, les vignerons pour le repas du midi à la vigne…
2 Cers (vent d’Ouest) et marin  (vent d’Est) soufflant dans l’Aude.

12.  – Ainsi parlait ma grand’tata 1

 

 Le corps à la bonne flambée,

la sœur cadette à ma mémé

me dépeignait un soir le monde

à bien des lustres à la ronde ;

elle avait besoin de causer.

 

Tant de messieurs, de souvenirs

ces temps-ci venaient l’estourbir,

qu’à s’en faire péter la timbale

elle guida son vieil encéphale

par ces chemins à s’éjouir ;

la Philosophie, « macarel » 2,

en elle était un don du ciel !

 

Sur la voie des penseurs d’antan,

grave, ma grand’tata, maintenant

passait nos âmes à l’eau de Javel.

 

Nietzsche avait chez nous une fan !

tata connaissait le conscient,

le surhomme sur le bout du doigt,

et pour la recherche du Soi

n’incisait pas vêtue de gants !

 

Il y a bien longtemps, au village,

les filles n’étaient pas si sages…

que « Le crépuscule des « idiotes » » 3

elle l’avait lu, comme antidote !

 

« La naissance de la tragédie » 4,

après avoir épousé Louis

devint son livre de chevet ;

c’était le voisin qu’elle aimait !

 

Peut-être qu’en feuilletant « Gai savoir » 5

elle noya son désespoir,

trouva « Par-delà bien et mal » 6

un tracé de vie idéal,

mais comme le bon Zarathoustra 1,

de sa montagne n’alla pas

entretenir l’homme des plaines

sur l’avenir de la race humaine ;

elle laissa tranquille l’échalas.

 

A chacun, dit-elle, ses affaires,

à chacun son abécédaire !

 

quant à l’accès au Nirvana,

quelle porte en connaissait tata ?

 

à chacun son itinéraire !

 

Socrate fournit le papier,

l’homme apporte un panier d’idées,

Kant au crayon, Nietzsche à la gomme…

 

et tous les chemins mènent à Rome!

  
1 «  Ainsi parlait Zarathoustra » :  Nietzsche 1883.
2 macarel : en occitan, « proxénète » en français ; s’emploie fréquemment pour marquer l’étonnement.
3 « Le crépuscule des idoles » : Nietzsche 1889.
4 « La naissance de la tragédie » : Nietzsche 1872.
5 « Gai savoir » : Nietzsche 1882.
6 « Par-delà Bien et Mal » Nietzsche 1898.

13.  – Ah, Paris…

  

Le fils à Jeannot,

qui travaille à Paris,

je l’ai vu en talons hauts

et tailleur gris souris !

mais si tu ne me crois pas

demandes le aux copains ;

on est tous resté coi,

les trucs sous le machin !

 

Comme on avait le temps, mince,

le match terminé

bye-bye le Parc des Princes,

hello Champs-Elysées…

puis l’envie de manger

sur le pont d’un bateau mouche…

puis l’envie de danser

dans une cave un peu louche…

 

quand la porte s’ouvrit,

entrèrent, super fringuées,

une dizaine de perdrix

aux ailes déplumées.

La plus belle d’entre elles,

maquillée comme deux,

j’étais sûr, « macarel »,

 malgré ses cils tout bleus,

de l’avoir rencontré

en d’autres circonstances !

bien sûr, ainsi grimée

je n’avais plus souvenance…

quand l’aîné de Paulo,

qui est plus physionomiste,

 s’exclama :

  « C’est le cadet de Jeannot,

celui qui fait l’artiste ! »

 

La Fontaine disait

qu’au pays des bourriques,

le male toujours était

celui qui porte la trique !

 

ah, quel monde cynique !


 14.  – Esprit, es-tu là ? –

  

Un soir, sautant du coq-à-l’âne,

peut-être te l’avais-je dit ;

 

dans le grenier de ma cabane,

ignorant le jour et la nuit

je gobais  « l’écran », avachi ;

j’étais devenu monomane,

j’étais un téléphile soumis !

 

Don Diégo et le sergent Garcia

arrivaient à me faire rêver,

La Fronde arrivait sur leurs pas ;

j’aimais tout ce qui faisait trembler :

X-Files, Arthur… et Dorothée…

 

Quand l’autre dimanche, après la messe,

         « histoires de chrétiens », je suppose,

deux philosophes, avec adresse,

nous abreuvaient à grande dose

de liqueur de métempsycose.

Trinquant alors à leur santé,

curieux de mon « après-demain »,

je me pris au jeu du « si après,

dans la rosée d’un frais matin

à mon tour je faisais le malin ! »

 

Si je débarquais en marcassin,

crois-tu que j’aurai belle mine

au bout du fusil du Julien ?

être convié à sa chopine

vaut mieux que plombs de chevrotines !

 

Mon bon abbé, si tu savais,

réincarné en ostensoir

l’espièglerie l’emporterait

et ton hostie au poivre noir

aurait le goût du désespoir !

 

Si je me réincarnais comme ci,

si je me réincarnais comme ça…

pour l’hiver, mes braves amis,

je vous conseille ce jeu-là !

 

je vous promets qu’à la veillée

vous rirez comme des bossus

et ne laisserez plus la télé

sur votre chef prendre le dessus !

 

sachez que cette « boite » vous tue !

depuis que j’ai vendu la mienne

peu à peu mes rêves reviennent

et pour la coupe de football,

au stade je loue un parasol !


15.  – Le jour J

  

Certains disent trente ans,

d’autres pensent cinquante,

le belge dit nonante…

pour la femme, il dépend.

 

Personne ne sait, au juste,

tant l’homme est compliqué,

dire à vue de psyché

quand fleurira l’arbuste

de la sérénité !

 

mais chacun sait qu’un jour,

aux branches du tilleul,

les pièces du puzzle,

flottant à contre-jour,

raviveront l’image

du vieux rêve oublié !

 

vivre de nudité

sur de nouveaux rivages

– eaux propres, haut figuré –

 

vivre de nudité,

mourir en liberté,

partir comme on est né ;

 

mourir, et ne plus revenir !


16.  – Acrostiche à l’amour

  

Fuyez le champ de haine !

Avancez donc gaiement

Ivres de race humaine !

Tutoyez l’argument !

Enlevez vos mitaines !

Saluez le printemps !

 

Le temps n’est plus rengaine…

Avec le nouvel an

Mielleuse est la fontaine ;

Orchestrée par les vents

Une cigale s’entraine,

Répète de nouveaux chants !

 

Prêtresses en paradis

Aimez faire ripaille !

Soyez donc à l’orgie

 

Les premières canailles !

Armez-vous de folie,

 

Gloussez dans la paille

Une tunique fleurie

Etoilée à la taille !

Rabattez ponts-levis,

Refusez la mitraille,

Enivrez-vous de vie !


17.  – Les devoirs de la vie

  

Suspendu aux murs blancs

de sa chambre de gosse,

le temps des premières bosses

n’est plus qu’un vieux roman.

 

Accablé, impuissant

face à l’adversité

il doit encore pleurer ;

l’amour est défaillant !

Il a le corps brûlant

des gamins de son âge,

mais lui, tourne la page

le jour de ses huit ans.

 

Les nuages du couchant

effacent souvent les traces

de ses rêves fugaces…

qui s’enfuient dans le vent ;

même si, soi-disant,

on ne meurt par désespoir,

il appréhende le soir

et ses cieux rougeoyants.

 

Suspendu aux murs blancs

de sa chambre de gosse,

le temps des premières bosses

n’est plus qu’un vieux roman.

 

Plus de déchirement,

de fracas, de colère…

la vie est éphémère

et l’adulte inconscient !

Hier encore, innocent,

il priait sans répit

pour que cessent les cris,

la détresse des grands !

 

Même si maintenant

plus personne ne le gronde,

d’autres lois infécondes

assaillent ses bégaiements.

Sur de nouveaux murs blancs,

alternativement

ses rêves se morfondent ;

il demeure seul au monde.

Il prie d’autres soleils

d’attendrir son sommeil

et la fée Carabosse

de lui rendre ses bosses.

 

Suspendu aux murs blancs

de sa chambre de gosse,

il guette le retour

du temps des vrais amours !

 

Au divorce des parents,

à de tristes huit ans,

aux devoirs de la vie…

qu’on oublie…


18.  – Lettre ouverte aux cons de mon village

  

Sans vouloir leur faire de la peine

je vous ai tant et tant causé

de mes bigotes, de mon curé,

dépeint au fil de mes poèmes

les héros morts au champ d’honneur,

livré quelques histoires de fesses

qui me sont venues de confesse,

bouté le maire, l’instituteur,

fait ricocher deux ou trois noms

parmi les meilleurs et les pires…

 

rimailleur ne devant médire,

je n’ai jamais parlé des cons ;

au grand jamais parlé des cons !

 

de ceux, qui, dans le pantalon

n’ont que graines de zizanie

qu’ils sèment à la saison des pluies

espérant une fière moisson !

de ceux, qui, lors des élections,

atteints de dégénérescence,

se livrent aux pires indécences

dans les vignes vierges du canton !

de tous ces pauvres imbéciles

qui trottent à côté du cheval

pendant que le voisin, jovial,

sur un être proche jubile !

 

Sans vouloir leur faire de la peine

je ne vois pas grand intérêt

à rendre publics leurs quolibets,

ce qui froisserait mon poème…

à moins que les rimes aient des vers,

que l’inspiration soit malade,

qu’elle ne voit le monde à l’envers

et pédale dans la marmelade !

 

Au diable les mots révolver,

la vengeance et les couillonnades…

la soupe chaude est sur la table !


19.  – Entre « garrigue » et « Garros »  –

  

Non de nom, qu’il doit être drôle

d’avoir son nom dans le dico !

danser la grande farandole,

suivant l’année, recto, verso,

 

avec des potes qui par le monde

ont tenu les brides un instant !

faire un peu d’humour et la ronde,

se prendre au sérieux pour semblant,

 

trouver quelque chose à se dire

avec la voisine du dessus ;

par chance, la mienne je l’admire !

vous allez rire, elle est barbue,

 

sur les joues deux touffes de thym,

à la moustache cent jonquilles,

et le menton au romarin…

comme tous les anges de la famille !

 

Ca par exemple, quelle surprise

de se voir un jour dans le dico

entre toutes ces matières grises,

qui sait, peut-être même en photo !

 

coincé parmi les grands du monde,

les dictateurs, les Présidents,

les prédicateurs, la Joconde,

les heureux, les fiers et les glands…

 

trouver quelque chose à se dire

avec le voisin du dessous ;

par chance, le mien je l’admire !

lui, ne suçait pas de cachou !

 

toujours dans le vent, aujourd’hui

son zinc tire des balles jaunes

sur les contreforts de Paris ;

au manche toujours il 1 se cramponne !

 

Dans l’ « Edition quatre-vingt-dix-huit »

je ne ronge toujours pas mon os,

je n’obtiens de satisfecit…

ni entre Garrigue et Garros

 

ne vois sur la ligne mon nom,

gueule ouverte dans l’encre noire,

boire la gloire comme un vieux con,

sans vouloir être blasphématoire ;

 

boire la gloire, comme un vieux con,

pour avoir écrit ses mémoires !

 
1 : Roland Garros (aviateur 1888 – 1918).

20.  – Labastide, corps et âme

  

Elle ne se perd en maquillage

aussitôt qu’elle quitte le lit,

n’écoute jamais les messages

d’un répondeur qui pépie,

 

elle fait griller au feu de bois

le pain qu’il reste de la veille

et dans les parfums d’autrefois

prend son déjeuner sous la treille ;

 

comme chaque jour que Dieu fait

Labastide murmure en secret.

 

Elle chasse l’abeille qui s’aventure

trop près du fromage et du miel,

qui dans le pot de confiture

naïve, cherche l’accès du ciel ;

 

la serviette à carreaux pliée,

le croûton remis dans la huche,

la salle de bain nettoyée,

la dentelle glissée sous la cruche

 

elle enfile le vieux tablier,

entrouvre la porte grinçante,

chasse deux ou trois araignées

qui s’encordent à la charpente…

 

comme chaque jour que Dieu fait,

Labastide chantonne en secret.

 

Elle est poésie populaire,

elle est amour, simplicité,

littérature extraordinaire,

effronterie, timidité ;

 

du « Casteillas 1 » qui veille en maître

à « l’Alsou » qui s’étire un brin,

un jour je vous ferai connaître

tout ce qu’elle possède de divin !

 

comme chaque jour que Dieu fait,

Labastide sifflote en secret.

 

Quant arriva le jour sans gloire

de faire mes valises et marcher,

gagner ma vie, courir les foires,

avoir la pièce pour becter,

 

je me suis assis sur la piale 2

et bien que le soir fût frisquet

je gravais là mes initiales

et passais la nuit à pleurer.

 

Mais aujourd’hui, et pour toujours,

à la fontaine j’ai gravé

que j’étais enfin de retour

et sur la piale j’ai pleuré ;

 

comme chaque jour que Dieu fait,

Labastide exauce vos souhaits !

 

Labastide n’a pas changé ;

pas une ride, un cheveu blanc !

seules quelques âmes pressées

ont préférées partir devant ;

 

qu’elles me gardent une place douillette

et me préparent un bon civet,

quand la faux fera la cueillette

hélas, je serai du panier !

 
Casteillas : colline qui surplombe Labastide-en-Val.
piale : nom d’une fontaine de Labastide.

21.  Avant que tout aille à vau-l’eau, dans le Val on l’appelait « Baro » ! –

  

Il s’en allait, clopin-clopant,

par quelque chemin de chevrier,

clopant-clopin, en mordillant

un brin de sauge ou de laurier,

en chantonnant, clopin-clopant,

entre les joncs et la sagesse,

clopant-clopin, l’air entraînant

d’un accordéon de jeunesse ;

 

avant que tout aille à vau-l’eau,

dans le Val on l’appelait « Baro » !

 

Comme chaque soir, clopin-clopant,

son souffle perdait l’âme en côte,

clopant-clopin, en souriant

il poussait quelques fausses notes,

mais en ses yeux, clopin-clopant,

pas une larme de tristesse,

clopant-clopin, toujours devant

à guetter la nouvelle ivresse ;

 

avant que tout aille à vau-l’eau,

dans le Val on l’appelait « Baro » !

 

Apprenez donc, clopin-clopant,

si le personnage vous intrigue,

clopant-clopin, qu’avec le vent

il causait en haut des garrigues !

ils étaient bien, clopin-clopant,

à refaire le monde et les gens,

clopant-clopin, sur le versant

à prendre le frais un moment,

à pardonner, clopin-clopant,

ceux qui les ont mis en colère,

clopant-clopin, tous ces marchands

de sacrifices et de guerres,

et les autres, clopin-clopant

ceux qui… mais à cette heure,

clopant-clopin, du mauvais sang

Jeanne se faisait à la demeure ;

 

avant que tout aille à vau-l’eau

dans le Val on l’appelait » Baro » !

 

Alors, sortant clopin-clopant

de l’épais tunnel de feuillage,

clopant-clopin, comme un enfant

qui fermerait son livre d’images,

il traversait, clopin-clopant,

le pont et cherchait sur la rive,

clopant-clopin, quatre arguments

pour se justifier de l’heure tardive ;

 

avant que tout aille à vau-l’eau,

dans le Val on l’appelait « Baro » !

 

Et le lendemain, clopin-clopant,

par quelque chemin de chevrier,

clopant-clopin, en mordillant

un brin de sauge ou de laurier,

en chantonnant, clopin-clopant,

entre les joncs et la sagesse,

clopant-clopin, c’est dans le vent

que les souvenirs toujours renaissent ;

 

avant que tout aille à vau-l’eau,

dans le Val on l’appelait « Baro » !


22.  – Les tuteurs de Villetritouls

 

 Alors que je paillais les trous…

  

à la mairie, lorsque j’y pense,

– que Dieu me protège de tout –

les maladifs de  basse-panse

prêtaient leur corps à la science.

 

On vit quand même une drôle d’époque ;

l’homo erectus ne file droit !

bref, tous ceux qui la nuit se bloquent

entre le désir et les draps

venaient tester le dit « Viagra ».

 

Par les coteaux de Villetritouls 1

je venais de tuter le grillon

et je rentrais un peu « sadol » 2

le béret sur les bottillons,

dans le village en ébullition.

 

En passant devant chez Margot

les contrevents étaient en voûte ;

au dire des spasmes et des sanglots

là-haut on sonnait la déroute !

la pilule bleue, sans aucun doute !

 

Chez Madeleine à qui l’on donne

le petit Jésus sans confession

tant elle est vieille et maigrichonne,

les flammes d’un retour de saison

foutaient le feu à la maison !

 

Et je ne parle pas de Ginette

ni du bon Monsieur le Curé

débraillés de la chemisette,

le froc tombant sur les souliers,

mêlant leurs quatre voluptés !

 

A quoi bon passer en revue

ceux, qui d’ordinaire si sages,

pour une fois ont le feu au cul,

tombent les bretelles des corsages

et ventilent un peu leur plumage ?

 

Par les coteaux de Villetritouls

demain je tuterai le grillon

et quand j’en aurai un « sadol »,

le calbut en accordéon

je m’en irai tuter le jupon !

  
1 Villetritouls : village du Val-de-Dagne.
2 « sadol » mot occitan signifiant « rassasié »

23.  – Demain, j’essaierai de mieux faire

  

C’est un recueil inachevé,

une ballade bien ordinaire ;

s’il en est un autre je promets,

s’il en un autre, de mieux faire…

 

d’aller cueillir la rime fruitée

sur le versant de la montagne,

de suspendre la vérité

tout en haut du mât de cocagne,

et de puiser à l’océan

les cris du marin disparu,

de gueuler, comme un goéland,

merde aux vieux chaluts qui polluent !

 

C’est un recueil inachevé,

une chanson bien ordinaire ;

s’il en est un autre je promets,

s’il en est un autre, de mieux faire…

 

où je lèverai sans cesse le poing

aux faux-culs qui nous oppriment,

brandirai la faux, bon matin,

aux nouveaux collecteurs de dîme,

prendrai les autres par la main

même si l’idée paraît vieillotte,

et n’espèrerai plus demain

au travers d’un bulletin de vote !

 

C’est un recueil inachevé,

une complainte bien ordinaire ;

s’il en est un autre je promets,

s’il en est un autre, de mieux faire…

 

j’y ferai place nette à l’amour,

à la jeunesse court-vêtue,

j’inviterai les troubadours

et tous les plaisirs disparus,

puis, à la fraîcheur des sous-bois,

aux colliers tressés de jonquilles,

j’accrocherai des vers de choix

pour que mes textes vous émoustillent !

 

C’est un recueil inachevé,

une romance bien ordinaire ;

s’il en  est un autre je promets,

s’il en est un autre, de mieux faire…

 

où je décrirai, doux sémaphores,

tes parfums, tes rires, tes yeux,

ferai naître d’autres aurores

pour y voir danser tous nos vœux

et découvrir au jour mourant

nos désirs aux chants des oiseaux,

puis disparaître nus et tremblants

au cœur d’un champ de coquelicots !

 

C’est un recueil inachevé,

une mélodie ordinaire ;

s’il en est un autre je promets,

s’il en est un autre, de mieux faire…

 

un recueil de joie et d’images,

de belles histoires pour les enfants

remplies de tendres personnages

aux faits et gestes surprenants,

 et faire rire ces bouts de choux,

jurer, croix de fer, croix de bois,

que si l’adulte est bien trop fou

ils pourront rêver avec moi…

 

car je suis toujours un enfant,

et moi seul, aujourd’hui, les comprends !

             

 

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